Dans notre réflexion 3 de « Bruissements et raisonnances » titre de l’essai en cours d’écriture, Hicham nous interrogeait:
« Mary, Jenny, tout ceci m’amène naturellement à me poser la question du pourquoi de notre choix de l’écriture comme « solution » de « soulagement »? ».
Cette réflexion 4 vous révèle donc nos réflexions personnelles sur ce
sujet.
Dans l’ordre :
Jenny Mary Hicham,
Jenny : 
Les mots sans sons, écrits pour la plupart à la lueur de ma veilleuse de
chevet, sont à mes yeux les seuls qui, dans mon adolescence, m’ont
« soulagée ».
Ces mots avec sons, même si je verbalise avec une aisance que beaucoup m’envient, ne furent et ne seront jamais mes mots prisonniers.
Ces mots prisonniers m’ont préservée de toute forme de violence physique que j’aurai pu être amenée à exercer contre les autres mais surtout – surtout – à mon encontre.
Les mots soulagés dans le silence de mes nuits, seul moment où j’étais sûre de ne pas être dérangée, étaient loin d’être apaisants. Et c’est pour cela qu’ils demeuraient à l’état de mots prisonniers.
Quand on « s’élève » soi-même dans un milieu où la violence est le langage d’usage, où l’amour est un acte inexprimé, un sentiment fugace ou un syndrome étrange : on laisse ses mots intimes, murmurer sur ses cahiers de mi-nuit.
A cette époque, si mes mots avaient été des pas de danse, j’aurais été danseuse étoile et si mes mots avaient été des sons, j’aurais été une marche funèbre.
Mais, je n’avais ni le talent d’une danseuse étoile ni le talent d’un Chopin. Je n’avais que mes mots qui n’arrivaient à n’être rien d’autre, que des maux sans voix.
En emprisonnant mes maux dans mes cahiers, je vidais mon lac de peine à la toute petite cuillère.
Quand je
compris que jamais je ne pourrais m’y soulager, j’ai cessé d’écrire ces mots là.
Il m’a fallu parcourir un long chemin pour être capable d’écrire, ce que j’écris ici et ce que j’écris, par ailleurs, sous d’autres formes apaisantes.
L’écriture était entrée dans ma vie par sa forme la plus brutale, elle n’était qu’émanation volcanique, cliché de mon âme blessée, expression bâillonnée, douleur étouffée, larmes refoulées et surtout, un pansement efficace sur mes cicatrices.
L’écriture au-delà de l’exutoire, l’écriture diaphane pour révéler la couleur d’un sang infecté.
Quand une âme se déchire, elle peut le faire dans le plus grand des silences, elle peut résister à l’ombre de son seul crayon, elle peut s’endurcir à la force de son encrier.
Tout bruissement dans la nuit peut meurtrir un esprit, comme il peut le garder en vie.
Désormais, l’écriture n’est plus qu’un témoin, à l’écoute assagie, qui déroule un tapis de
vérités révélées, à la lueur, non plus d’une souffrance opaque, mais d’une douleur disséquée et comprise.
Il y a un temps pour toutes les formes de l’écriture :
Le temps, lui, n’est jamais pressé d’atteindre son but, c’est la raison pour laquelle, je n’en suis qu’au temps de la réparation. Ce temps achevé – je serai en Paix –
Mon écriture ici ou là,…ne sera plus jamais ma source de Survie, comme elle le fut dans mon adolescence. Elle sera et demeurera le témoignage de ma vie et surtout ma bataille pour la communication non violente et pour une Vie en communion avec une harmonie !
Sur ce blog, je suis entrée pour partager le plaisir de mon écriture : roman.
La forme d’écriture qui m’a toujours mis du baume au cœur, la seule écriture qui a toujours énergisé ma vie, la seule écriture que j’ai initialement eu envie d’offrir ici.
Un blog est un autre chemin de vie : on s’y aventure en dilettante avec ses petits souliers et très rapidement, on achète en route des
chaussures de randonnées.
Enfin, on finit par s’équiper : sortir torche, boussole et polaire car on comprend que ce chemin
n’est point, celui qu’on avait crû imaginer !
"Si la montagne ne vient pas à toi, vas à la montagne"
Finalement, ce blog est une autre montagne à gravir, je ne le savais pas.
*
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Mary :
Je reprends la phrase de Marguerite Duras, elle résume si parfaitement ce pourquoi nous écrivons : "Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se
taire. C'est hurler sans bruit."
Que nous soyons écrivain, prosateur ou simple écrivassier, l’écriture représente le support idéal pour crier tous
ces non-dits, tous ces mots qu’il faut impérativement museler – parce que toutes souffrances se doivent d’être silencieuses – Parce que, bien souvent aussi, nous n’avons pas la capacité de les
formuler oralement.
Quelle soit exutoire, refuge, dérivé, la finalité est identique. Elle est notre langage par excellence et elle est bien meilleure traductrice de nos états d’âme, de nos détresses et de tous nos bobos. Elle nous permet de libérer tous ces mots verrouillés dans notre gorge. Elle demeure le seul fil « attachant » qui nous relie à la vie, à notre vie, et, bon an mal an, nous avançons avec elle, avec notre béquille. De simple confidente, elle se matérialise en force, elle nous aide à résister même si nous n’en comprenons pas toujours le mécanisme.
En revanche, nous n’avons pas besoin d’elle alors que nos vies coulent comme un long fleuve tranquille. Les mots surgissent aisément, si facilement qu’il n’est pas nécessaire de les écrire. Nous n’éprouvons pas, pour la plupart, la nécessité de transcrire nos joies sur un papier ou un clavier. Le bonheur frappe plutôt rarement à notre porte sans être accompagné. J’en déduis que si le bonheur nous vient de l’autre, des autres, pourquoi l’écrire ! Nous voilà de nouveau apte à communiquer, à brancher les sons de nos mots. Étrangement, c’est sur les toits que nous avons envie de crier notre bonheur, surtout pas dans le silence de l’écriture.
C’est bien ce qui explique la variété des articles au sein d’un même blog. Selon l’humeur de son auteur,
il sera morose ou s’orientera vers la légèreté avec des textes, ou photos, en « décorum ». C’est ainsi que je fonctionne et lorsque je déroule les pages de mon blog, je retrouve mes
hurlements silencieux, mes petites colères, un peu de blabla inutile et sans conséquence, mais aussi mes articles déguisés. Je ressens souvent le besoin de me cacher derrière certains de mes
articles, parce que je crains la portée de mes mots à maux, et que je ne veux pas faire souffrir ceux que j’aime. Ainsi donc, tout au moins en ce qui me concerne, un blog ne peut pas tout prendre
à bras ouverts, il a ses limites, celles que nous lui imposons, puisque, paraît-il, tout ne peut se dire, s’écrire aux yeux de tous. Comment faire, alors ! Si l’on ne peut dire, si l’on ne
peut écrire, que reste-t-il ! Ma solution je l’ai trouvé dans l’écriture de mes romans. Certes, écriture encore déguisée !
Mary : http://mary-j-dan.com/
Hicham :
Mon cœur n’est pas normal, j’en suis certain. Plus ça va, plus il défaille. De recul, il n’en a plus car il ne fait que prendre en bloc tout ce qui se présente à lui, le bon comme le moins bon.
Si j’étais courageux, il y a longtemps que je serai parti de notre monde. Je ne désespère pas y parvenir un jour cependant. Mais comme je suis un lâche, un vrai qui ne cherche plus d’excuse au vide qu’il crée, je me cache de vous.
Hier, c’était derrière des médicaments. Aujourd’hui, c’est derrière un blog.
Effectivement, je n’ai plus envie d’affronter qui que ce soit, de persuader, de convaincre, de faire l’effort de me faire croire à moi-même que j’en vaux la peine quelque part, afin que vous, lui ou elle en arrive à me désirer à ses côtés, virtuellement ou non.
Je me laisse aller et c’est peu dire.
Écrire m’occupe et fait office d’anesthésiant provisoire à toutes les projections qui m’envahissent dès que mon cœur se fait pressant, voire oppressant. Aussi j’aligne des mots en file indienne, pratiquement comme ils me viennent, sans chercher le moindre fil directeur. J’étale tout ce que je peux tant que je peux, tel un chien aux abois, afin de bloquer ma pensée jusqu’à ce que cette dernière, épuisée, me foute enfin la paix. La focalisant sur un état et un seul, celui qui est mien au moment où j’écris, elle n’a alors plus les moyens de s’occuper du reste, de mes flots d’espoirs ou de leurs envers, des hier et des demains.
En écrivant, mon seul but est que tout s’arrête, se fige, même si ce n’est que provisoire, éphémère et uniquement momentané. Je veux cesser de vivre après un écrit, c’est aussi simple que ça, c’est là toute ma recherche.
Je peux ainsi quitter le monde et contempler enfin mon plafond sans avoir à respirer le moindre souffle de l’ennui, oubliant ainsi que j’existe parmi vous et avec vous. Mon cœur en devient enfin vivable, débarrassé de cette saloperie de cerveau qui ne me laisse jamais en paix bien longtemps.
Dans ces conditions il est vrai que je pourrais écrire sur n’importe quoi si l’objectif était uniquement de m’auto anesthésier. Mais une pomme ou une chenille n’oppresse pas mon cœur. Par contre un baiser, un sourire, un regard, quelques pleurs ou des cris le peuvent. Ils sont d’ailleurs l’unique source de mes tourments et de mes joies.
Être riche, être pauvre, je m’en fous. Vivre sous un toit ou dormir dans la rue m’est totalement indifférent. Manger à ma faim, boire ou coucher avec une femme, tout ceci est également accessoire à présent tant je ne me sens plus accroché à la vie, depuis tant d’années déjà. Mes vieux jours ne m’intéressent pas, pas plus qu’hier, cette grande poubelle où il est rarement sain de se replonger.
J’écris pour casser mon esprit, briser les espoirs et les attentes qu’il fabrique.
Puisqu’il ne sait que poser des questions et chercher des réponses, passant de pourquoi en comment sans me laisser le moindre répit, j’ai décidé de l’usé, même si je sais pertinemment ce combat vain.
Lorsque j’ai ouvert mon blog, je tournai en rond à l’époque et n’avais plus de piste à explorer pour réussir à clouer le bec à mes attentes déçues. Publier mes écrits me sembla alors un moyen d’y parvenir. Grâce aux réactions et commentaires des lectrices et lecteurs, de nouvelles voies s’ouvriraient peut-être ?
J’ai alors entièrement dirigé ma pensée vers ces autres chemins, de blog en blog, de commentaire en commentaire, m’imprégnant de toutes ces pensées chaque jours, chaque heure et ce, pendant près de quatre mois, quotidiennement. Mais voilà, aujourd’hui je suis obligé de constater que je n’ai pas trouvé de remède efficace pour enrayer ma machine.
Alors, toujours parce que je suis un lâche, je préfère cesser de m’afficher dorénavant, de me montrer. Ainsi je n’aurai plus à « redouter » de réactions, de mouvements d’humeurs (agréables ou non) qui forcément m’atteindraient, relançant ainsi et à chaque fois le cercle vicieux de ma pensée d’un pourquoi vers un autre, de projection en projection.
Je suis condamné à écrire jusqu’à ma mort puisque les mots sont autant ma source de problème lorsque je les reçois, qu’un soulagement pour mon cœur lorsque je les pose. Je veux défaire mes sentiments des rêves qu’ils suscitent en moi… je ne veux plus espérer.
Hicham
Mary, Hicham, en quoi votre blog est-il une montagne à gravir ?
Jenny
J’espère que ton âme se répare …
Merci de ta fidélité.
Pour mon blog, je suis dans l’expectative !
Pour ton mail,
Donne moi du temps stp.
Gros bisous et courage pour ta semaine.
"En emprisonnant mes maux dans mes cahiers, je vidais mon lac de peine à la toute petite cuillère."
"L’écriture au-delà de l’exutoire, l’écriture diaphane pour révéler la couleur d’un sang infecté."
J'adore tes formules! Tout simplement magnifique!!

Nous savons tous au fond de nous-même pourquoi nous écrivons, c'est une prolongation de notre être à travers l'expérience et le témoignage, une projection vers les autres et une concrétisation vers l'avenir.
Les mots sont les messagers de nos pensées, les enfants de notre esprit et en tant que tels ils sont la preuve de notre existence.
Ils sont les traces de notre passage dans les neiges de l'éternité, pour l'évolution et contre l'oubli.
A nous d'en faire les plus belles oeuvres d'art pour le plaisir et l'amour des autres.
Car il ne faut pas oublier que si l'écriture a un côté salvateur elle peut aussi devenir une arme redoutable...

Il est vrai que ton lac de peine est immense !
La petite cuillère ou la louche n’y changeront rien.
Il faut savoir ramer avec sa propre barque. Garder la force
nécessaire n’est pas possible chaque jour.
Je sais que tu restes positive néanmoins.
Je ne sais si nos « mots sont les enfants de notre esprit »
comme tu l’écris, je sais seulement que si nous possédons
la faculté de les modeler, il nous faut les utiliser comme
tu utilises tes couleurs. Et tu le fais merveilleusement bien !
L’écriture la plus redoutable est celle qui ne nous ressemble pas ou plus.
Merci pour ton témoignage ici.
Merci de t’être déplacée pour me poster ton sentiment.
En effet, nous faisons des rencontres via nos blogs.
Certaines ne sont pas le fait du hasard.
De là à penser que le blog nous guide, je ne le crois pas.
Est-ce qu’un blog peut nous transformer ?
En ces termes précis, je ne le pense pas non plus.
En outre, je suis s’accord avec toi, nous ignorons l’endroit
ou le point de chute de notre blog.
Et cette route à suivre qui n’est pas localisée peut être déroutante. Jenny
« L'amour des mots ne sert à rien, ou si peu, si chacun d'entre eux n'est pas employé à bon escient »
Et, c’est si vrai ce que tu dis là !
Le plus difficile dans l’écriture est justement cette justesse des mots.
Comment se faire comprendre au plus près de son émotion pour espérer
que celui qui écoutera, entendra la même musique ?
C’est sans doute la chose la plus difficile à réaliser.
Quand je peins, je suis constamment frustrée de constater que la toile
ne ressemble en rien à la représentation que j’avais imaginée..
Merci, Mary pour ce joli compliment qui me touche d’autant que je sais
si peu, ce que cela est que d’en recevoir !
Alors, je découvre et ceux que je ressens sincères sont importants.
Je ne te souhaite pas le soleil que tu as au sud mais d’être entourée
par des gens qui t’aiment sincèrement.
Jenny Fomacho Walt
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C’est vrai qu’hurler en silence c’est être en dépression ou s’en approcher …
C’est vrai aussi que la souffrance est « inspirante »
Encore vrai, que les gens s’intéressent + au malheur qu’au bonheur …les preuves pleuvent !
J’écoute le chant des oiseaux de mon jardin
qui chantent en silence !
Bel exemple à suivre !
Bon, ok … on n’est pas né oiseau !
C’est donc bien + compliqué avec un gros cerveau.
Amitié Jenny