publié dans : ROMAN d'une martienne célibataire
Mercredi 30 avril 2008

J’avais probablement débité sur un ton mécanique mes réponses aux questions posées par l’examinateur car j’avais ressenti alors même que je ne le regardais pas ses interrogations sur mon état. Sans doute m’avait-il prise pour une « martienne » qui se présentait à lui avec autant d’envie de réussir un examen que de tuer un projet que j’étais supposée construire. A la fin, je l’entendis me dire tout bas : « bon, et bien c’était assez construit tout ça, même si vous m’avez donné l’impression d’être plus ailleurs que devant moi ! ».


Par politesse, je le remerciai et finis par le regarder. Il était grand, brun, séduisant ; bien loin de l’idée que je m’étais faite du type d’examinateur qui ferait tomber le couperet sur ma nullité visible.

Il rajouta : « vous avez un projet professionnel ? ».

« Je ne crois plus » lui balbutiai-je.                                 

Il n’insista pas, probablement venait-il d’asseoir définitivement son jugement sur ses doutes. Je n’allais pas lui jeter la pierre, moi-même, je jugeais mes propres doutes aussi catégoriquement que s’ils étaient des aveux.

Je finis par me lever, le remercier et lui lancer un : « au revoir » … Il sourit et me répondit : « bon courage, rien n’est insoluble » !

 

In/soluble… ?! Mon problème serait-il soluble… ??? Et si oui dans quelle formule chimique ?

C’est donc avec ce maître mot sur les lèvres que je rejoignis la sortie et me dirigeai vers le premier banc qui pourrissait sous un prunus. Je m’assis sur mon protège documents, histoire de ne pas verdir mon pantalon pourtant kaki ; l’habitude sans doute !

Soluble or not soluble …

 

Une voix vint interrompre ma méditation :

« Je vois que l’introspection se poursuit même ici, le problème semble donc  résolument virulent. S’il est d’ordre juridique, on peut en discuter devant un café ? ».

 

Je levai le nez : debout, perché sur son mètre 85, se tenait mon examinateur, un léger sourire sur les lèvres, le front lisse mais soucieux de mon insoluble souci.

 

-       Malheureusement non ! S’il avait été d’un ordre juridique, je crois que je serais déjà plongée dans mes codes pour trouver les articles magiques mais merci de vous inquiéter de mon état, cela me surprend.

-       Ah ! si ce n’est d’ordre juridique, c’est peut-être d’ordre familial … enfin, je ne veux pas non plus paraître importun mais votre abattement me chagrine.

-       En fait, ce n’est pas un réel problème, je suis juste épuisée et je crains que cet état m’ait causé quelques préjudices.

-       Préjudices dommageables, nous voilà dans le désordre juridique si je puis employer un ton un peu léger pour vous faire sourire.

 

Bien joué, songeai-je. Je sentis que son ton  perfide barrait victorieusement l’entrée de mes pensées sombres. Il le remarqua immédiatement et surenchérit :

 

-       Ah ! j’ai marqué un point, vous avez souri ; vous voyez, il suffit juste de se détacher un peu du problème pour l’embrasser un peu plus largement. Je crois que se focaliser dessus vous empêche d’y voir clair.

-       Impressionnant votre faculté à embrasser les problèmes juridiques ou pas. Il est vrai qu’en ce moment, j’ai besoin de me détacher de tout et de rire de ma propension à collectionner les sacs de nœuds.

-       Nous y voilà, il s’agit donc bien davantage de nœuds que de réels soucis ?

-       Excusez-moi mais vous auriez dû être prof de psy au lieu de prof de droit. Ma prof de psy était d’un ennui mortel et n’avait aucun humour.

-       Et c’est pour cela que vous avez attaqué un cursus en droit pour trouver l’humour que vous n’aviez pas trouvé en psycho alors ?

-       Vous êtes vraiment trop drôle, la véritable raison est que je pensais que l’un n’allait pas sans l’autre pour défendre et comprendre à la fois l’espèce humaine.

-       Et vous pensez mieux les comprendre ?
 

Me lança t-il le sourire désormais narquois mais le regard franc et sans malice déplacée. 

-       Vous ne lâchez pas vos questions, je pourrais vous demander s’il vous arrivait de ne pas recevoir de réponses mais je ne le ferais pas.

-       Bon, je vois que mes investigations ne porteront pas leurs fruits et ma curiosité restera à l’état d’énigme. Dommage pour moi, vous venez de me démontrer que je ne suis pas assez psy pour déclencher chez vous une petite envie de…

-       Boire un café ? et bien si justement !!! 

 

 

Et joignant la parole à l’acte, je me levai et désignai du doigt le café au loin près du 1 ° feu.

 

-       Vous êtes surprenante, votre regard vient de s’illuminer et prendre une lumière que je ne lui avais pas encore vue, c’est bon signe. Votre souci semble déjà perdre du terrain.

-       Je dois dire que votre intervention vient temporairement d’éclipser le problème. Vous avez raison, il faut que j’élargisse mon champ de vision. Je crois qu’à force de piquer du nez, je finis par voir tout en noir.

 

Le bar de l’U était loin d’être plein et ma place habituelle était même libre, je m’installai et me commandai un croque monsieur avec mon café. Mon interlocuteur improvisé s’amusait de me voir m’animer tout naturellement.

 

-       Oui vraiment surprenante ! voilà que la faim vous tenaille maintenant ?

-       Oui, c’est toujours comme cela dès que je vais mieux, avant je ne mange rien ensuite j’ai faim  et là je vais mieux !

-       vos soucis n’étaient donc pas si graves alors…

-       Si justement, très graves et c’est pour ça que maintenant j’ai faim.

-       Vous avez raison, autant reprendre des forces. Alors, ces soucis, sont-ils d’ordres sentimentaux après élimination des autres ?

-       En effet, mais le problème concerne justement la question des sentiments.

-       Ah ! une liaison qui se termine ?

-       Non, une supposée débuter.

-        ???... et…

-       Je crois que je ne suis pas amoureuse de mon meilleur ami.

-       Ah je cerne le problème et je crois même l’avoir expérimenté aussi.

-       Et vous étiez l’amoureux ou le désiré ?

-       Très amusant ! j’étais l’amoureux.

-       Génial et qu’a fait la désirée ?

-       elle m’a gentiment remisé au rayon « ami ».

-       Hum, elle a eu plus de malice que moi, perso je n’ai pas du tout géré l’affaire et ma situation est donc très bancale.

-       Vous le lui dîtes !

-       Vous avez raison, il n’est pas trop tard enfin pour le faire souffrir si mais pour me sauver moi, non ! je vais d’ailleurs régler cette affaire dans la foulée et vais devoir vous laisser en vous remerciant de m’avoir réveillée.

-       Mais puis-je vous revoir Jenny afin que vous me racontiez au moins comment vous avez « réglé » le souci ?

-       Cette alliance là… symboliserait-elle une union ?

-       Oui, mais on peut se revoir tout de même, l’un n’empêche pas l’autre.

-       L’autre est-elle votre épouse ??? écoutez, jusqu’ici je vous ai trouvé charmant, serviable, aimable ; je vais donc prendre congé avant de changer mon opinion… Au revoir et encore merci pour la discussion.

  

Je courus presque jusqu’à ma voiture, pressée de rentrer chez moi pour me vider la tête et tenter de joindre Sétoufair. Ma décision était définitive, je ne pouvais pas le laisser nous entraîner dans une relation chaotique. Si mon instinct ne m’encourageait pas sur cette voie, c’est qu’il n’était pas mon chemin. Il fallait donc que j’agisse pour ne pas m’égarer une fois de plus. 

Finalement, mon souci était bien soluble, il avait suffit d’un simple café avec un examinateur opportuniste pour me remettre les idées au clair.

 


                                 


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par Jenny la Martienne communauté : Célibataires en chemin...
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