publié dans : 3 Plumes - Réflexions
Jeudi 24 avril 2008

 

Pour ce 3° sujet, écriture à 3 plumes 

J’ai interrogé Mary et Hicham : Et si votre écriture vous exécutait ?  Personnellement et comme j’avais déjà évoqué ce sujet dans un récent article, j’ai élargi mon approche pour une lecture différente. Chacun une nouvelle fois a traité le sujet avec ses propres perceptions.

 Mary-d-jan        http://mary-j-dan.over-blog.com/   
                                                      
                  Hicham           http://club-jade.over-blog.com/     


Jenny : 

 

« Ton écriture est ton exécutoire » m'écrivait une personne il y a quelque temps.

Cette erreur orthographique à l'origine me fit prendre conscience que cela pouvait faire l'objet d'un lapsus intéressant à explorer.

Mon, notre écriture pourrait-elle en substance nous exécuter ?

Se pourrait-il que ce que nous écrivons à un moment donné pourrait ultérieurement venir nous « exécuter » ? En d'autres termes, est-ce que nos mots pourraient se retourner contre nous  alors même que nous aurions oublié ces dits mots ?

 

Toute personne qui prend le risque d'écrire et de laisser des traces ou qui prend le risque puissance x de publier des écrits que ce soit dans un livre, un journal ou même un blog peut se retrouver dans la position de celui ou celle à qui l’on reprocherait  des mots peut-être « périmés ».

Un texte étant toujours l'expression d'une opinion exprimée à un moment donné, dans un contexte émotionnel précis. L'opinion sous jacente peut quelques mois ou années plus tard avoir radicalement changé.

Or, dans notre société, les écrits sont figés et bon nombre sont ceux qui pratiquant l'écriture savent qu'elle peut leur revenir en pleine face comme autant de preuves qui ne seraient plus d'actualité pour autant.

C'est pour cela que pratiquer l'écriture sous quelque forme que ce soit peut parfois nous réserver des surprises inattendues.

 

Il me semble sain de pouvoir coucher un versant de son opinion à un instant T et puis à un autre moment de sa vie être en phase avec de nouvelles pensées plus ou moins divergentes  de sa pensée antérieure.

Il est humain d'évoluer avec sa conscience et il semble aussi évident que l'impact de son inconscient en vieillissant vienne s'infiltrer de + en + dans sa pensée consciente.

Notre capacité à user d'un pouvoir d'analyste de notre propre moi fait de nous des « penseurs » conditionnés pour élever notre conscience et donc de la rendre de + en + mâture.

Notre maturation personnelle enrichit notre maturation collective. Notre pensée est supposée évolutive, il ne serait ni sain ni sage de figer nos vues de l'esprit.

 

Écrire, c'est prendre le risque d'être lu, d'être critiqué, d'être jugé et parfois de se faire « exécuter » par ses propres mots.

 

Mais à tout bien y réfléchir, je préfère encore me faire exécuter par mes propres mots que de m'étioler de n'avoir jamais osé les écrire.

Avant de tenir ce blog, je pratiquais activement la correspondance. L'une de mes correspondantes m'écrivit un jour : « J'ai si peur que mes écrits puissent un jour être trouvés que j'hésite la plupart du temps à écrire ce que j'aimerais écrire ».

Autrement dit, cette personne retenait ses mots de peur qu'ils n'en viennent un jour à devenir son « exécutoire ». À l'époque, je lui avais répondu, que le fait même qu'elle m'avoue une telle chose était la preuve qu'elle souffrait de son impossibilité de « lâcher prise » et lui avais conseillé d'écrire une « fiction » où elle choisirait un personnage qui interpréterait ses propres émotions. Elle le fit et s'étonna du bien que cela lui fit. 

La morale de cette histoire est qu'il est néfaste de retenir prisonnier des mots et des sons sous le prétexte que ceux-ci pourraient un jour venir nous exécuter.

 

Notre liberté passe autant par la liberté acquise par d'autres que par celle que nous accordons à nos propres choix.

 

En conclusion, je dirais que notre écriture nous élève, nous épanouit ; elle est notre propre baromètre de l'élévation de notre conscience. Et si chemin faisant, nos pensées mûrissent dans un courant plus sage, plus apaisé, c'est que nous vieillissons dans le bon sens.

 

Je profite de ce texte pour venir rendre hommage à tous ceux et celles qui par le passé ont su prendre des risques pour nous transmettre d'inestimables témoignages sur leurs observations au quotidien à travers leurs propres expériences. Aujourd'hui encore, écrire n'est jamais anodin mais ne pas l'écrire alors qu'on en a la possibilité tarauderait nos consciences aussi sûrement que le risque que nous refuserions d'assumer.

 

Écrire avec ses mots, c'est aussi photographier son moi profond pour mieux se comprendre et comprendre ceux qui nous entourent. Chacun est différent mais parmi nos différences, nous reconnaissons nos ressemblances.

 

Jenny

 

 


 

Mary :    


La pensée est une des rares libertés qui nous est définitivement acquise, et si des mots couchés s’ensuivent, alors l’écriture nous « exécute ». J’en suis convaincue.

Ma secrète écriture, durant tant d’années, ne me permettait pas la conscience de mes mots, de leur valeur dans mon inconscient et ne pouvait, fatalement, m’éclairer un tant soit peu sur mon moi. Je n’y voyais là que des affabulations et les supposais n’être que refuge. 

Lorsque enfin je m’accordais le droit de ne plus me cacher, c’était avec une peur presque indicible : Qu’allait-on penser de moi ? Qui suis-je donc pour m’autoriser un tel acte ? Le résultat de cette « exécution » allait occasionner quelques remous dans mon esprit chahuté, et je ne me doutais pas à quel point cette écriture allait m’exécuter. Certes, ce fut dans le bon sens, puisque de lapidation il ne fut nullement question. Mes lecteurs m’ont plutôt aidé à me déchiffrer, à me connaître, et, pas à pas, j’ai découvert le sens de mes mots derrière lesquels je croyais me dissimuler. Profondément déstabilisée, avec ce sentiment de m’être dévoilée, mise à nu, résolument j’allais me tourner vers l’acceptation. 


Jenny, tu écris :
 



En
conclusion, je dirais que notre écriture nous élève, nous épanouit ; elle est notre propre baromètre
de l'élévation de notre conscience. Et si chemin faisant, nos pensées mûrissent dans un courant plus sage, plus apaisé, c'est que nous vieillissons dans le bon sens.
 


 
En totale connexion avec ton raisonnement j’ajoute : Et lorsque par les mots nos pensées se
rejoignent, j’ai le sentiment d’un décryptage commun permettant à l’esprit de s’ouvrir davantage.  Actrice ou spectatrice, avec volupté je me condamne à perpétuité dans cet exutoire exécutoire.

 

Mary

  

 

Hicham :    


Il n’est aucun mot pour dire le vide, son silence et son cœur. Pas plus la joie que la douleur, en syllabe ou en cri… que ces sentiments s’abattent ou non en lettres capitales le long des lignes de nos feuilles de papier.

Qu’y a-t-il d’exécutoire dans cet acte, que mettons-nous à exécution ?

Nous vidons tant bien que mal un trop plein, comme si nos cœurs n’avaient plus assez de place pour continuer à amasser, emmagasiner et gérer toute la masse émotive éprouvée.

Dans « éprouver », il y a « épreuve », il y a « preuve ».

Le sentiment est une épreuve – toujours – que ce dernier soit agréable ou non. L’accompagner, essayer de nous en défaire, le dénier, l’affirmer, l’entretenir ou le détruire, tout cela est l’épreuve, parfois facile, parfois difficile.

Mais quelque soit notre choix le sentiment est l’unique preuve de nos actes, l’élément intangible qui les mène tous.

Une preuve est un argument étayé visant à établir une conclusion (dico). Mais étayé ou non, il n’est pas de meilleur argument envers nous-même que ce que nous ressentons pour tenter de comprendre nos actes, leurs pourquoi et les expliquer le cas échéant à autrui ou à nous-même.

 Aussi, tenter de mettre des mots pour exposer nos sentiments (en parole ou par écrit), essayer de les définir afin d’exprimer au mieux nos élans si divers et variés, me semble une véritable gageure.

Je ne peux oublier que nous sommes avant tout des êtres organiques. À la base et d’où qu’elle provienne, nous traitons chimiquement l’information et l’aboutissement de ce processus est, entre autres, l’émotion. Jusque-là notre réflexion n’a strictement aucun rôle dans son avènement car nous n’avons nulle conscience du développement en cour. Ce n’est qu’une fois cette évolution interne achevée que la connaissance de l’émotion se peut, que nous la savons être présente. Dès lors elle est nous et nous sommes elle.

Tout comme nous marchons sur nos deux jambes (sans pour autant s’attarder sur elles), et nous concentrer sur ces dernières, nous marchons également « sur » et avec nos émotions.

Parfois nos jambes sont fatiguées et ont du mal à nous porter.  Marcher, courir ou sauter peut devenir ardu en conséquence. C’est comme si subitement nous ressentions nos jambes, leurs poids, leurs tailles et leurs formes différemment.

Un instant avant elles n’existaient pour ainsi dire pas, puis brusquement leur présence vient envahir notre esprit. Nous chercherons alors une « solution » pour rendre nos pas moins pesants, moins pénibles à vivre, histoire de mieux « supporter » le mouvement de nos jambes et la « douleur » plus ou moins intense induite par ces dernières.

À mes yeux, écrire relève exactement du même ordre, c’est une « solution » parmi d’autre pour pouvoir marcher le plus paisiblement possible « sur » et avec nos émotions. Parler, peindre, sculpter, faire de la musique, danser, etc., sont d’autres solutions.

Elles sont toutes exécutoires dès lors qu’elles nous permettent de nous soulager, de nous débarrasser plus ou moins de ce qui nous gêne.

 Dans le domaine des sentiments, le « gênant » n’a pas forcément pour origine les émotions désagréables. Se sentir heureux, joyeux et ressentir le besoin de le communiquer, de le partager, de l’extérioriser peut s’avérer parfois extrêmement gênant. Par timidité, par peur du jugement d’autrui, il est bien des situations où nous n’osons exprimer notre joie, notre satisfaction, où nous n’osons nous afficher ainsi. Nous nous muselons en conséquence plutôt que de laisser sortir les mots ou les gestes que nous suggèrent pourtant ces agréables émotions.

Les écrire est un moyen de nous en soulager.

Aussi, la question qui de suite me pénètre est la suivante : pourquoi avons-nous besoin de nous soulager, à quoi cela sert-il ? 

Je crois que lorsqu’une gêne devient trop envahissante (un mal de dent, une déception sentimentale, l’euphorie, etc.), nous nous sentons comme prisonnier. Prisonnier parce que nous constatons que nous n’arrivons pas à sortir de l’état psychologique dans lequel cela nous plonge. Qui peut aimer pareille sensation, quelle que soit la cause de cette dernière ?

Même si je pense que la liberté n’est qu’un leurre dans les faits, je ne peux occulter le besoin irrationnel que nous avons de nous penser libre néanmoins (en tout cas pas prisonnier).

À partir de là tous les moyens sont bons pour ne pas nous sentir enfermés dans une pensée, une idée, un sentiment ou une situation. Nous avons besoin de savoir que nous pouvons les « quitter » si nous le voulons, même si nous n’éprouvons pas le besoin impérieux de le faire pour autant.

Le savoir, pouvoir le penser est généralement suffisant pour nous permettre d’accepter plus ou moins sereinement ce que nous vivons. Évidemment cela équivaut à vouloir s’accepter soi-même dans les faits, à s’offrir la possibilité de s’apprécier en conséquence, voire de s’aimer.  

Le but de l’écriture (ou de toute autre forme d’expression) est celui-là, me semble-t-il. Elle est un appui, une solution destinée à nous soulager de nos gênes.

Le « syndrome » de la page blanche est d’ailleurs, à mes yeux, produit par l’absence d’une gêne manifeste, consciente. Ce que nous ressentons est comme trop vague, trop flou, pas assez persistant ou intense pour que nous éprouvions un sentiment de « trop plein » demandant à être « soulagé ». 

Mais si écrire est un acte exécutoire, ce n’est pas pour autant une exécution, une mise à mort. Nous ne tuons rien en nous, bien au contraire. Certes, nous épurons nos émotions, nos sentiments en les extériorisant, mais cet acte ne se peut que parce qu’ils sont là, bel et bien présents.

Encore une fois ils sont la preuve intangible de nos actes. Sans émotions, pas d’actes possibles.  D’ailleurs n’est-ce pas là le propre des morts et des personnes plongées dans le coma ? 

Aussi Mary, Jenny, tout ceci m’amène naturellement à me poser la question du pourquoi de notre choix de l’écriture comme « solution » de « soulagement », « d’allègement » à notre ressenti ?

Effectivement, il me semble qu’en choisissant les mots plutôt que les sons ou  l’expression corporelle, nous faisons le choix implicite ou explicite de dévoiler plus clairement au monde qui nous sommes et ce que nous sommes. Si c’est le cas, pourquoi ? 


Hicham

 


  

 

par Jenny la Martienne communauté : les auto-édités
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