publié dans : ROMAN d'une martienne célibataire
Mercredi 23 avril 2008

Huit jours que Sétoufair avait déposé sa missive
chez moi, 8 jours qu’il attendait la tête enfoncée dans ses propres révisions. Huit jours que moi je ne révisais plus tant je sentais cette histoire miner chaque parcelle de ma conscience sous tension.

Il fallait que je me jette à l’eau et que je me débarrasse une bonne fois pour toute de cette réponse. Il était hors de question que par ma faute et aussi celle d’Angie, Sétou échoue sur sa dernière ligne droite. Bon en théorie, brillant comme il l’était même avec la tête dans une fourmilière, il était supposé savoir dissocier les affaires de cœurs des affaires de carrière. Cela voulait dire qu’avec ou sans réponse imminente, il saurait se concentrer sur ses priorités, il était incroyablement sensé ; il saurait un temps oublier qu’il attendait mon signe.

Non, il n’y parviendrait pas, il m’avait écrit que j’étais désormais sa priorité, son phare dans la nuit, qu’il avait même mal de craindre ma réponse… hum, il n’avait pas tort, même moi, je redoutais de relire ce que je n’avais pas encore été  fichue d’écrire.

Dire qu’il y en a qui ne s’embarrasse pas de formules et sont capables de torcher en deux temps trois mouvements un :


Cher Sétou,


J’ai bien reçu ta lettre d’amour ultra touchante mais voilà, nous ne partageons pas les mêmes sentiments et blablabla…

Bref, voilà, ne m’en veux pas mais je crois préférable que nous n’allions pas gâcher une si belle histoire d’amitié pour une histoire de -sais pas quoi- qui donnera -sais pas quoi-.

Blablabla, ne m’en veux pas… on reste amis comme tu l’as dit à la fin de ta lettre.

 

Hum ! Y’en qui ferait ça … une lettre tout en vérité, sans heurt, avec juste la vérité ?! Cela semble réalisable sans se mettre la tête à l’envers du soir au matin.

Bon allez, Jenny !!!

Tu arrêtes de me gonfler avec tes états statiques et tu me ponds un truc, un truc qui tient la marée avec de jolies formules eu égard à cette amitié véridique.



 

Très cher Sétoufair,

 

Tu as dû t’interroger sur mon silence un peu plus long que je ne l’aurais voulu mais comme tu le sais si bien, je suis immergée jusqu’au cou dans mes révisions.

J’ai donc jugé plus sage d’attendre des moments plus sereins pour te répondre sans aucune précipitation.

Ta lettre m’a terriblement troublée et chaque nuit, tes mots sont venus bercer ma tête avant de m’endormir. Tout d’abord, je te remercie pour cette si belle déclaration, je ne savais pas que tu me portais un intérêt aussi grand. Pour moi, tu es mon ami et malheureusement aussi celui de Fomacho. Tu sais d’ailleurs comme cette double amitié nous a occasionné de soucis à gérer.

Ton meilleur ami étant d’une jalousie redoutable.

Mon cher Sétou, tu sais que mon amitié pour toi est réelle et tu me demandes soudainement de la transformer en un sentiment auquel je ne m’étais pas préparée.

J’ai toute confiance en toi et te l’ai dit, t’apprécie plus que tout ; tu es celui à qui j’ai fait le plus de confidences et je pense même que tu n’as plus grand-chose à découvrir de moi. Probable qu’à mes côtés, tu t’ennuierais rapidement ; je suis loin d’être aussi sportive que toi et mes centres d’intérêts sont aux antipodes des tiens. Comme amie, je ne suis pas très intéressante, comme « femme de ta vie » je ne l’imagine même pas !!! Tu es destiné à réaliser de grandes choses dans ta carrière, je ne pourrais qu’être une entrave à tes élans futurs. Tu m’as si souvent expliqué comment ton père voyait ta carrière et cela te réjouissait vraiment.

Moi, je ne souhaite pas me jeter dans une folle poursuite à la réussite à tes côtés, tu sais ce que je pense des carrières qui foutent en l’air les vies de famille mais je n’ai pas à juger de ce que toi, tu as à réaliser dans ta vie : tes études doivent aboutir dans le sens convenu. Moi, je ne suis qu’une amie qui n’aspire qu’à vivre une vie peinarde, loin du tohu bohu, des paillettes et de l’or qui scintille. Toi, tu as déjà cet or au bout des doigts, tu m’as toujours dit qu’un jour tu serais riche et que tu roulerais dans de superbes voitures… Moi, un toit au dessus de ma tête et une voiture qui ne tombe pas en panne me suffisent.

Je déteste les rassemblements de gens qui se font des courbettes et se tirent dans les pattes dès que la messe est dite !

Bon, tu sais tout cela Sétou, tu sais qui je suis, ce que je hais, ce que j’aime ! Donc tu sais que la vie dans laquelle tu baigneras ressemblera assez à ce que je n’aime pas. Je ne pourrais pas changer et ne veux pas qu’à cause de moi, tu foires ton avenir.

Sétou, sois donc raisonnable, reconnais que tu fais fausse route, je ne suis que ta confidente et je ne t’accompagnerai pas sur ta route de l’or blanc.

Toi, vas y ! Tu mérites d’être heureux et d’accéder à ce pourquoi tu as travaillé.

J’espère que je pourrais rester ton amie car je sais que je serai toujours heureuse de partager du temps et de la joie avec toi. 

Sétou, je t’aime d’une amitié sincère mais je ne suis pas faite pour toi. 



Jenny






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par Jenny la Martienne communauté : Célibataires en chemin...
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