plus exactement sa déclaration d’amour ; j’avais pleinement conscience qu’il attendait ma réponse, qu’il espérait qu’elle abonde dans son sens et que je me lance dans ses bras de la façon qu’il aimait s’émouvoir lorsqu’il regardait les films cultes qu’il ne se lassait jamais de revisionner à l’infini.
« Tu vois Jenny, ça c’est de l’amour à l’état pur » me disait-il les yeux embués quand je le
surprenais devant son pc, larmoyant devant l’un de ses vieux films préférés de Lelouch.
Chaque mot qui sortait de ma bouche lui semblait comme autant de pétales de roses qui venaient joncher son sol gris. A chaque fois que je repartais de chez lui, il
me lançait une brassée de merci que j’emportais avec moi comme autant de bouquets de sa gratitude qui parfois m’inquiétait.
Grâce ou à cause de lui, je m’étais souvent interrogée sur la valeur réelle que l’on pouvait donner à une amitié entre deux personnes du sexe opposé ?!
Pour moi, il était incontestablement mon ami, une sorte d’âme sœur qu’on aime avec toute la puissance d’une affection qui grandit au fil
du temps et d’un vide compensé par ses deux bras qu’il enlaçait autour de moi avec une bienveillance chaleureuse.
Combien de fois ne lui avais-je pas dit : « Sétoufair, tu es le seul et véritable ami que je n’aurai jamais plus » et à chaque fois, il me regardait
comme l’aurait fait un ange qui me protégeait avec une mission toute particulière.
A ses yeux, j’étais parfaite, pas l’ombre d’un défaut ! Il me sublimait, m’idéalisait, me comparait à des actrices de cinéma magnifiques. Et quand je me défendais de ne pas leur arriver à la cheville, il se mettait presque en colère et me démontrait qu’aucune n’aurait jamais mon âme si pure…
Face à sa mauvaise foi qu’il niait catégoriquement, je désarmais, sachant que cela ne servait à rien de vouloir changer la
vue de celui qui préférait garder la sienne. Avec Fomacho je ne me sentais jamais assez tout et avec Sétoufair, j’étais
toujours trop tout !
Cette déclaration d’amour que je n’aurais jamais voulu envisager et qui entrait dans ma vie telle un courant d’air en pleine révision me faisait l’effet d’un
ouragan qui une fois de plus désorganisait ma vie et remettait en cause le statut que j’avais donné à Sétou.
Pourquoi fallait-il que les choses ne soient jamais à leur place ?
Dans mon puzzle de la vie, sa pièce centrale était bien en place et je ne me sentais pas du tout l’envie de repositionner cette pièce là !
Pas plus que je ne me sentais le courage de prendre la moindre décision dans un sens vide comme dans un sens plein.
Je ne voulais ni vide ni plein, je ressentais un immense besoin de solitude afin de prendre le temps de faire ouvertement le tour de mon propre moi. Cela
m’apparaissait comme une forme d’égoïsme ou d’évitement ou tout simplement comme un nécessaire besoin.
Au moment même où j’aspirais à faire le grand ménage en moi, il venait presque me torturer l’âme avec un amour auquel je ne m’étais pas préparé.
Que faire, que dire, comment réagir, comment agir … ?
Jamais, je crois je ne m’étais sentie aussi démunie de mots pour répondre à un ami. Mais, là se posait justement le
souci ?!
Sétoufair était-il encore mon ami ou venait-il de franchir la ligne
jaune qui allait tout remettre en cause.
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