Dimanche 6 avril 2008
- Publié dans : Flash-Back - Par Jenny la Martienne

Le Bonheur n’est pas un bocal de friandises posé sur l’étagère haute du vaisselier.

Il ne suffit pas de tendre le bras pour s’en saisir et s'en gaver !

 

Enfant, les seules friandises que j’appréciais c’était celles que j’achetais à la sortie de la messe.

Il y avait deux choses que j’aimais à la Messe obligatoire : 

Les cantiques religieux sublimés par l’instrumentaliste qui jouait divinement bien de l’orgue et la ronde boulangère qui vendait ses bonbons au détail juste en face de la grande porte.   

 

 

Il y avait deux choses que j’exécrais en allant à la messe obligatoire :
La confession qui m’obligeait à inventer une douzaine de pêchés non commis pour satisfaire l’avidité malsaine du curé et la  communion qui m’obligeait à faire semblant de manger le corps d’un christ que je ne voulais surtout pas laisser fondre sous ma langue !

Je sortais toujours la première de l’église pour être la première à acheter mes quelques bonbons. Je choisissais les moins chers car la quantité me rassurait et me donnait l’impression de me  gaver de sucreries.

Les bocaux chez la boulangère me fascinaient ; pendant la messe, je songeais à ceux que j’allais acheter ou que je n’avais pas encore goûtés.

Le discours du curé perché sur sa chaire m’ennuyait et les bonnes gens auprès de moi m’étouffaient.

Je connaissais certaines de ces « bonnes gens Â» et les savais pas si bonnes que cela …

S’il n’y avait eu l’orgue et la dame de catéchisme qui me tenait à l’œil, j’aurais fait l’église buissonnière (mais je ne la faisais pas).

 

La Dame de catéchisme chez qui je me rendais (par obligation) chaque semaine avait aussi un bocal de bonbons posé sur l’étagère haute de son vaisselier.

Elle distribuait ses gracieuses faveurs à ceux et celles qui récitaient sans respirer toutes leurs prières et autres confessions douteuses. Moi, je ne le faisais pas ! Ses bonbons n’en recevais point mais je m’en fichais car ils n’étaient pas bons ; je le sais, je lui en ai volés  pour me venger de sa méchanceté.

Sans cesse, la « maman Â» de catéchisme m’accablait de ses remontrances, le diable m’habitait puisque je récitais mal et ce diable qui m’habitait alors que je ne lui avais rien fait me perturbait.

Enfant on est impressionnable et moi, je l’étais terriblement !!!

Un jour, elle nous demanda d’écrire une petite rédaction  afin d’exprimer comment Dieu nous aimait puisque nous étions ses brebis.

Je n’avais pas encore 11 ans mais déjà aimais tricoter avec les sons et les mots.

Je m’appliquais sur ce travail, pour une fois que j’étais inspirée sur une corvée qu’elle nous infligeait.

Plus je réfléchissais à comment son Dieu pouvait m’aimer et plus je me persuadais de combien il m’aimait …

La semaine suivante, je rendis l’œuvre sacrée, fière de son contenu (à des années lumière d’un Ego dont j’ignorais jusqu’à l’existence sournoise).

J’entends encore d’ici, les cris qu’elle se mit à pousser en découvrant mes mots léchés par ma diable plume.

« Enfant du diable … on ne sortira jamais rien de bon de toi… que le diable te prenne toi et ton arrogance inouïe  ?! Â»

Elle lut tout haut ma prose chaste et je fus la risée de la basse cour qu’elle affectionnait tant.

Ce soir là, j’interrogeais ce Dieu à qui j’avais appris que j’avais le droit de m’adresser sur son sentiment sur mon arrogance inouïe qui l’avait, lui, tant offensé … !?.


Sa réponse fut sans appel : « de quelle rédaction s’agissait-il, il n’en avait pas su mots ? Â».

 

J’en étais  sûre, il n’avait pas été consulté et c’était l’autre « très bonne Â» qui avait voulu me le faire croire.

Mon sale caractère émergeant déjà à cette époque là me poussa à relater à la « bonne à caté Â» ma conversation privée entre Dieu et moi. Avec une arrogance inouïe que je connaissais désormais car j’avais consulté le grand dictionnaire, je l’affrontais de mon regard plongé au fond du sien.

Elle m’intima de baisser les yeux ; je les gardai plantés dans les siens.

Elle finit par me punir et m’empêcher de sortir de chez elle avant 20 heures pour m’obliger à me  repentir ?!

Je ne voulus plus jamais mettre les pieds chez elle, considérant que son Dieu à elle n’était pas le même que celui qui m’avait parlé à moi !

Ma mère fut convoquée chez le curé pour parler de mon arrogance naissante et inquiétante.

 

Seule sur mon lit face au Dieu qui m’avait parlé ; je pris l’une de mes premières grandes résolutions :

 

Quiconque s’arrogera le droit de parler en lieu et place d’un Dieu qu’il croit sien me trouvera sur son chemin avec mon arrogance inouïe !!!

Quant  au diable et diablerie de la mère caté, je lui laissai en lieu et place, la charge de s’en débarrasser. Parfois en passant devant chez elle, je l’entendais qui hurlait comme une damnée : pour sûr, qu’elle n’arrivait pas à s’en défaire !

Perso, il ne s’est jamais intéressé plus que cela  Ã  moi …d’autres bien humains s’en sont chargés !

 

Le Bonheur n’est pas un bocal de friandises posé sur l’étagère haute du vaisselier.

Il ne suffit pas de tendre le bras pour s’en saisir et s'en gaver !


   
                         

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