Jamais je n’aurais pu imaginer qu’il puisse y avoir dans cette ville autant de bars, bistrots, troquets, buvettes et autres lieux du
genre ! Si on m’avait dit qu’un jour je passerais au crible tous les recoins de la ville pour chercher un EX disparu, je ne l’aurais jamais crû !!! Et pourtant, c’est bien à cette occasion là que malgré moi j’expérimentais le « serrage » de
pinces par dizaines et dizaines de mains tendues et compatissantes ; molles et collantes, énergiques et brûlantes, rugueuses et gelées, flasques et humides pour le seul besoin de
la cause !!
Mon histoire se répandait, parfois même elle me précédait ?! Partout, on m’écoutait débobiner la même complainte et jamais elle ne lassait quiconque !
Les gens sont bons, compatissants, caressants même, face au malheur d’autrui.
J’étais devenue l’autrui après avoir fait l’autruche ! Et dans cette nouvelle peau, je ne me sentais guère mieux. J’avais toujours le chic pour me fourrer dans des situations grotesques. La Terre ne me convenait point et je le vérifiais à chaque mésaventure. Je m’animais à chaque coin de rue comme un feu follet qui cherche son air, je m’agitais dans tous les sens, traversant, arpentant et quadrillant tous les coins et recoins ; histoire de ne rien louper de la moindre bouche d’aspiration qui aurait pu happer mon Macho ou éventuellement le rejeter quelques bouches plus loin (… tout est possible avec moi …).
Chaque heure qui passait dopait mon envie de dénicher enfin le caniveau qui l’avait gentiment vomi ! Je n’en pouvais plus de débiter, réciter, chanter, claironner, chuchoter, murmurer … mes :
« Bonjour, excusez-moi, je cherche un grand blond, athlétique, les yeux verts qui auraient pu venir hier au soir chez vous s’attarder à votre bar et boire quelques verres en trop … ?»
Et le long de chaque trottoir et à chaque Tristan passant :
« Bonjour, excusez-moi, vous n’auriez pas vu garé hier ou ce matin dans le coin, un break noir enfoncé à l’aile avant avec un vélo de course plié en deux dans le coffre… ? »
En outre, c’est aussi ce jour là que je compris à quel point les gens étaient curieux et avides de détails dès qu’une histoire suspectée sombre pointait son museau. Je les voyais, l’œil brillant qui me pressaient de fausses questions sous les prétextes fallacieux de mieux me venir en aide. Et pourquoi ceci et comment cela et qu’est-ce qui s’est passé et pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé à ce pauvre, pôv’r gentil garçounnet !!!
On me tapotait l’épaule, frictionnait le dos, remontait quelques bretelles relâchées, me sermonnait même sur la probable mauvaise attitude que j’avais dû avoir ou pis, les encore plus probables méchancetés que j’avais dû lui proférer !
De victime, je devins rapidement suspecte, de suspecte, rapidement coupable et de coupable rapidement jugée et de jugée rapidement condamnée à recevoir le couperet qui se profilait au dessus de ma tête !
Les gens sont bons… mais toujours prompts à précipiter leurs conclusions.
A force de monter à la tribune pour tenter de m’expliquer quant aux causes qui entre nous produisirent les derniers effets (sa disparition), je sentais mes forces s’amenuiser et maudissais un peu plus cette situation apocalyptique dans laquelle Fomacho m’avait menée. L’étau se resserrait, la foule se rapprochait et le flot de sots sans cesse croissait autour de moi. Que me voulaient-ils ? Tous ces fous qui se grimpaient les uns au dessus des autres pour tenter de voir ce qu’il n’y avait pas à voir !!!
Dans un dernier sursaut de vie, je me mis à hurler : Au secouurs --- Maaachooo…
mais seul le brouhaha du caquetage sourd des passants grouillants fit échos à mon S.O.S. Un Zorro flic qui m’avait repérée vint me sortir de ce guêpier… comme quoi --- un flic --- des fois, ça sert !!
Je haïssais la foule, je le supputais bien avant cette expérience ; depuis la conviction s’est mise à circuler dans mes veines comme un poison dilué qui attend sournoisement son heure pour m’atteindre. Il me traque et même sur mon Mars, il me pourchasse encore.
L’heure n’avait jamais cessé de tourner (normal, c’est son rôle que de le faire) et ma montre m’indiquait que cela faisait déjà plus de 6 heures que je m’offrais en spectacle dans tout le centre ville. J’étais laminée, les pieds confits et les mains broyées et quand je dis JE ! J’ai bien dis JE !!!
Car, lecteur, si tu m’as bien suivie … ?! Au départ de cette journée d’enquête, j’étais bien accompagnée de l’amie, la grande et indispensable Amie Angie …
Et qu’était-il donc arrivé à la tonitruante Angie ?
Elle m’avait lâchement abandonnée au 5 ° bar, tombée sous le charme d’un grand molosse brun et velu ?!
Carte sur table, il avait sorti son jeu, un de ceux dont je ne connaissais ni les règles ni l’air ni la chanson et étrangement ; elle non plus !
Comme Quoi ! Elle avait encore à apprendre… Mamzelle Angie …
Finalement, c’est seule et sans la moindre piste que je rentrais bredouille at home. Décidément, y’en pour qui, la vie ne sera jamais un long fleuve tranquille.
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