A partir de ce moment,
j’adoptai une attitude plus détachée, plus distante, histoire de me blinder et peaufiner une carapace qui au fil des ans devrait me servir de gilet pare-balles. Cette combinaison de spationaute
finit pas porter ses fruits car mon Fomacho s’en grisa au-delà des objectifs que je n’aurais jamais imaginés. Il multiplia en privé les petites attentions, les gestes tendres, les soirées
romantiques et se mit même à cuisiner dans son espace cuisine perso !!! Qui l’eut crû !!! Ses yeux pétillaient à chaque fois que revenant de ses cours, il me trouvait chez lui au beau
milieu de mes livres de cours éparpillés.
Fomacho, le vrai tendre romantique,
l’hypersensible inquiet dès que mon œil s’assombrissait et anxieux dès que je semblais rêvasser à (qui sait)un autre que lui, se mettait en 4 pour me séduire. Chacun de ses sursauts d’angoisse
était ponctué d’un : « tu m’aimes ? » que je rassurais par un « ui ». Un seul petit ui déclanchait chez lui un large sourire de soulagement que j’entretenais donc
régulièrement par mes cuicuitages de « ui-ui ». Car, je l’avoue ! J’aimais le voir sourire et s’enchanter tel un prince charmant qui avait su conquérir sa belle énigmatique. Ce qui
l’attirait chez moi était selon ses dire : « ce petit quelque chose d’indéfinissable qu’il ne définissait point ». Cette définition d’amour qui l’envoûtait me fit rapidement
comprendre qu’il émanait de chez moi, cette personnalité de martienne intrinsèque qui malgré mes : « je t’embrouille » filtrait ou fuyait tel un robinet au joint
usé.
J’envisageai donc de tenter de remédier au problème en testant quelques joints hermétiques
quand je finis par y renoncer. Après mûre réflexion, je compris que si je m’étanchéifiais de façon indélébile, je risquais de perdre en attractivité terrestre. Et cela pourrait m’être fatalement
préjudiciable.
J’en conclu qu’il était donc plus subtile d’accepter d’être aimée pour : « ce
petit quelque chose d’indéfinissable qu’il ne définissait point ». Certes, j’aurai préféré qu’il m’aimât pour ma grande beauté (je ne la possédais pas !), mon esprit éclatant (il ne
transparaissait pas), mon charisme détonnant, (en jachère sur Mars). Mais non, je devais m’y résoudre, j’étais aimée pour un quelque chose qu’il ne cernait pas ! Lui le scientifique obtus
qui au fil de ses cours pataugeait avec aisance dans un langage abscond restait impuissant à décrypter ce qui l’aimantait chez moi.
Je triturai mon esprit dans tous les sens pour dénouer l’énigme qui faisait qu’il m’aimait
pour quelque chose qu’il ne définissait point. Il me vint à l’esprit que j’étais une baignoire dans laquelle il aimait barboter en cherchant la formule d'Archimède qui l’éclairerait sur ce
problème exaspérant. J’étais ce contenant qu’il tentait d’explorer comme on sonderait un espace inconnu. J’étais l’espace, il était le cerveau qui l’étudierait et mieux : le comprendrait.
Quelle jubilation pour un chercheur que de se mouvoir en un territoire infréquenté, inaccessible au tout un chacun de base. Il était l’homme qui voyageait au cœur de la lune, qui ressentait ses
vibrations mais qui butait sur « un quelque chose d’indéfinissable » !!!
Or, il faut bien l’admettre, il n’y a rien de plus rebutant pour un scientifique que de
tomber amoureux quand on ne l’avait pas programmé et plus inquiétant encore, sans l’ombre de la moindre raison. C’est ainsi, qu’au fil des jours, je le vis se frapper de déraison et me regarder,
l’œil vitreux, comme si j’étais une Martienne qui cachait sa queue de lézard !!!
Bon ok, martienne, je suis ! Mais c’est tout de même extrêmement éprouvant de sentir
sur soi, peser des regards suspicieux.
A partir de ce moment, la métamorphose courbouillonnait dans l'éprouvette. Fomacho entreprit
de muer et refouler au tréfonds de son âme son vieux complexe de romanesque qui lui engluait l’esprit. Puis, d’un geste vif, il rejeta la couette au pied du lit et râlant, accoucha d’un jet, le
trait de caractère qui se nourrissait en lui en attendant son heure pour s’exfiltrer !!!
Et--- dans un dernier soubresaut, mon Fomacho, tracassé par ses questionnements, perturbé
par ses doutes, hanté par ses angoisses, rongé par ses incertitudes, persécuté par ses fantasmes mit bas, au lever du soleil pour enfin délivrer de ses entrailles, un bon gros macho à qui il
offrit une carcasse haute d’1 mètre 91. De le dire, c’est rien, de le vivre, c’est --- un truc de ouf
Je me souviens de cette naissance badtripante. Son regard devint plus perçant, ses dents
plus incisives, sa bouche plus mordante, ses bras plus velus, son corps plus noueux, ses cheveux plus teigneux et son verbe plus cinglant.
D’un geste assuré, il me saisit, me plaqua contre lui et me dit :
« tu peux faire le petit dej pendant que je me douche !!! » (… ???)

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